Journée mondiale des enseignants: Clash entre le Gouverneur de l’Ouest et les syndicats d’enseignants
Awa Fonka a mal digéré le constat froid du calvaire qu’endurent les ‘’seigneurs de la craie’’, dressé par leur porte-parole et a riposté de manière virulente.

Loin de présenter la journée mondiale des enseignants comme une occasion d’exhibition, la représentante des syndicats a plutôt souligné qu’elle devrait être prise comme un prétexte pour faire le deuil. « Aujourd’hui, nous sommes en deuil, car nos revendications n’ont pas encore trouvé de solution. Nous ne serons pas associés à la parade de ce jour », a-t-elle souligné. Ces revendications qui n’ont pas toujours trouvé de solution ont pourtant été portées à l’attention du Gouvernement il y a de cela plusieurs années. « Depuis 2013 nous attendons la tenue du forum national de l’éducation ; la mise sur pied du statut spécial des enseignants ; le rééchelonnement indiciel ; le paiement des vacations de l’Obc ; la mise sur pied de la convention collective pour l’enseignement privé ; l’intégration des professeurs d’Eps comme troisième corps de l’éducation. Tout cela est toujours attendu. Un dialogue constructif a été organisé le 26 mars 2025, et cela s’est soldé par une promesse fallacieuse », a-t-elle ajouté.
Alors que les recommandations issues des concertations entre les syndicats d’enseignants et le Gouvernement tardent à être implémentées, cette responsable des syndicats d’enseignants pense qu’il s’agit ni plus ni moins que d’un désintérêt des pouvoirs publics sur les questions relatives à l’éducation. Elle brandit comme illustration, les moyens colossaux injectés chaque année dans l’armée. « Chaque jour des milliards de dollars sont dépensés en armement ou cachés dans les paradis fiscaux, alors que les enfants esquivent les balles sur le chemin de l’école, quand ce ne sont pas les balles, les routes enclavées, les salles de classes délabrées, voir inexistantes. Les enseignants achètent les craies et les cahiers de préparation avec leur propre argent parce que l’Etat ne survient plus à ses obligations ; les paquets minimums destinés dans les écoles sont détournés, voir de mauvaises qualité », a regretté cette enseignante avant d’inviter ses collègues à prendre leur destin entre leurs mains. « Monsieur le Gouverneur, ne voyez vous pas que l’attente a été très longue ? Que devons nous faire maintenant ? Attendre ou entrer en grève pour nous faire entendre (…) Chers enseignants, prenons nos responsabilités. Seule la lutte libère. Nous demandons de vous engager fermement, de vous armer de courage pour défendre vos droits », a-t-elle lancé.
Ces conditions de travail qui s’amenuisent d’année en année sont selon elle, une des causes principales du phénomène de désertion des enseignants que subit de plein fouet, le secteur de l’éducation au Cameroun. « Depuis 2019, 18 000 enseignants et enseignantes ont été contractualisés, mais malgré cet effort, nous comptons toujours des écoles sans enseignants, et pour cause les départs de ces derniers dans les Ministères juteux. Les immigrations vers d’autres pays à la recherche du bien être. Nous sommes contraints aujourd’hui de faire les cours avec les enseignants dit vacataires dans les établissements scolaires », a présenté la représentante des syndicats d’enseignants.
Le tableau sombre des problèmes qui minent le secteur de l’éducation au Cameroun, dressé froidement, a tellement irrité le Gouverneur de la Région de l’Ouest qu’il a d’abord mis de côté le discours qu’il avait préparé pour la circonstance, pour répondre en termes loin d’être courtois. « Madame la porte parole, nous devrons vous dire qu’il y’a beaucoup de choses que vous avez dites ici que je ne partage pas du tout. Permettez à ce que je puisse réagir sur certains propos que vous avez faits ici. Tout d’abord, question des paquets minimum. Madame, dans le cadre de la décentralisation, l’Etat a voté et les cartons désormais sont envoyés auprès des Maires des différentes Communes pour pouvoir mettre à la disposition des différents inspecteurs les paquets minimums pour permettre aux différentes écoles primaires de fonctionner. Et moi, je suis ici pour témoigner du fait que les autorités administratives et Préfets qui sont les tutelles de ces Maires qui suivent au quotidien pour s’assurer qu’au début de chaque année académique ces paquets minimums sont disponibles pour permettre à nos écoles primaires de fonctionner, à l’exception près, ceci est fait. Si bien qu’au jour d’aujourd’hui personnellement, je suis satisfait du fait que les crédits qui sont alloués à l’Etat pour servir comme paquet minimum dans les différentes écoles ont été bel et bien envoyés à ces établissements », a-t-il répondu. Awa Fonka Augustine ne s’est pas arrêté là. « Madame, je dois vous dire quand vous êtes porte-parole et qu’on vous donne une allocution à faire, il faut regarder le contexte, il faut regarder votre environnement. On ne peut pas sortir un document du coté de Yaoundé qui sera applicable à tout le monde, n’importe où, ici par rapport aux activités des syndicats, ce n’est pas possible. Je crois que pour parler des manques, nous sommes aujourd’hui en train de fêter dans la Mifi chef-lieu de la Région de l’Ouest. Si vous étiez en train de parler peut être du manque des enseignants dans le Noun ou quelque part dans le Nord-Ouest, moi je vais comprendre. Mais ici dans la Mifi, il y’a même dans certaines écoles une pléthore des enseignants. Je peux vous certifier ça. Et on est même en train de procéder au redéploiement parce que chacun cherche à venir travailler ici dans la Mifi. Je peux vous dire, je peux certifier et allez vérifier. Compte tenu du contexte actuel, il y’a presque le tiers des enseignants dans le Nord-Ouest et du Sud-Ouest qui ont été déployés ici. Vous êtes en train de dire quoi là ! Il faut regarder le contexte et il faut vérifier les faits avant de venir vous prononcer. Madame, vous avez dit dans votre papier qu’il n’y a pas eu des forums à l’éducation depuis 2013, et dans votre propre papier vous avez dit il y’a eu une concertation le 26 mars 2025, c’est vous-même qui avez dit cela. Pourtant vous étiez en train de dire que depuis 2013, il n’y a pas eu de concertation (…) à ma connaissance il y’a eu des multiples concertations au niveau des services du Premier Ministre. Vous pouvez nous dire madame, justifier ici que depuis 2013, il n’y a pas eu des réformes au Ministère dans le secteur de l’éducation ici au pays ? Qu’il n’y a pas eu des primes qu’on a ajoutées ? Est-ce que les salaires ne sont pas augmentés depuis 2013 ? Madame soyez sérieuse ! Ne prenez pas le luxe de venir dire ou parce qu’on vous a donné ici les papiers pour venir dire n’importe quoi. Vous avez dit qu’il n’y a pas eu des réseaux de solidarité. Si l’Etat dit que ça n’existe pas dans les écoles, est-ce que ça doit fonctionner ? C’est l’Etat qui a accordé, il faut accepter. Vous avez parlé d’achat d’armes et munitions. Madame vous êtes en train d’aller dans un terrain qui est glissant. Ça c’est très dangereux. Vous pouvez rester ici prendre un papier et dire n’importe quoi là. Il y’a des bandits qui sont là dehors, il y’a des agresseurs, il y’a des coupeurs de route, il y’a des sécessionnistes », a-t-il déroulé.
Awa Fonka Augustine pense que le Gouvernement a fait suffisamment d’efforts pour améliorer les conditions de travail des enseignants et trouve inconcevable que ces efforts ne soient pas reconnus.
Cette 31ème journée mondiale des enseignants s’est célébrée sous le thème : « repenser l’enseigner comme profession collaborative ».
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